Amérique du sud


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INTRODUCTION

CHILI
BOLIVIE

PEROU
EQUATEUR

EPILOGUE

INTRODUCTION
Je viens de recevoir des messages électroniques qui me demandent comment se passe mon espagnol : c'est pas terrible, mais la langue des signes, ça marche partout. Pour me débrouiller, j'utilise un super guide de conversation qui s'adapte à toutes les situations que je rencontre:

A l'hôtel:
- ¿ Pourriez-vous m'appeler un chasseur ?

Au restaurant:
- ¿ Que me conseillez-vous, le chapon ou les cailles ?

A l'hôpital:
- Vite, j'ai une crise cardiaque...

En bref, il y a encore du boulot, mais je reste trois mois en Amérique du sud et cela devrait me permettre de m'améliorer un peu.





CHILI


Arrivant de l'île de Pâques, Santiago ressemble à n'importe quelle ville développée d'Europe. Pas vraiment dépaysant, ni beau d'ailleurs. Il faut dire aussi que j'y arrive le week-end de Pâques et que tout est fermé... En plus le temps est désespérément gris et il ne fait pas chaud, voire froid. Ca change des îles : fini la mer bleue, les cocotiers et la douce chaleur !

Je m'installe dans une auberge de jeunesse qui fait un peu usine. Il y a ici des gens de toute la planète dont trois français qui parcourent le monde à vélo. Mon tour à moi est moins physique que le leur. Après 2 nuits d'acclimatation au froid relatif, je pars en bus pour Viña del Mar, le Saint Tropez du Chili, juste à côté du port mythique de Valparaiso. C'est une grosse déception, à part quelques jardins publics et quelques belles et riches maisons, c'est pas terrible: la plage est polluée, le casino en bord de mer entouré de prostituées... Je pars en train pour Valparaiso: c'est encore moins terrible, un gros port rempli de vaisseaux militaires et quelques bateaux de pêche.
Je retourne à Santiago. Les magasins sont désormais ouverts, et le centre ville est maintenant très animé. Un des petits plaisirs de la capitale est d'aller déguster un bon café, il y a de nombreux bars à expresso presque exclusivement fréquentés par la gent masculine. Les serveuses, au physique avantageux, portent un uniforme très court et très moulant. A force, je deviens nerveux... par excès de caféine sans doute.
Je passe presque trois jours à sillonner la ville à la recherche d'un matelas isolant pour camper. Cela semble simple à trouver ? eh bien non. On trouve des tentes et des duvets mais pas de matelas. Mon faible niveau en espagnol n'arrange rien. Je me retrouve au fin fond d'une banlieue de Santiago : j'avais demandé au chauffeur du bus de m'indiquer l'arrêt pour le plus grand centre commercial de la ville, il ne l'a pas fait. Au lieu de s'excuser de son oubli, ça le fait beaucoup rire, pas moi. Je grimpe alors dans un autre bus qui m'emmène cette fois ci au bon endroit. Les chauffeurs roulent à fond, grillent les feux rouges et ne s'arrêtent pas pour prendre les passagers quand sont lancés... J'apprendrai plus tard la raison de cette conduite : les chauffeurs sont payés à la rotation. Plus ils vont vite, plus ils gagnent d'argent. C'est effectivement une bonne raison pour risquer sa vie et celle des autres. Ceci dit, j'ai trouvé un matelas.

Pour me délester un peu, je décide d'envoyer un paquet de souvenirs à la maison. Je prépare mes phrases pendant une heure ou deux à l'aide de mon précieux lexique (voir introduction). A la poste principale de Santiago, je trouve un personnel très efficace et anglophone. On me fourni même des documents à remplir en français pour la douane.

Le 26 avril, je commence un voyage organisé de 8 semaines jusqu'à Quito. On se déplace dans un gros camion aménagé pour ce genre d'expéditions tout terrain. On couche a l'hôtel ou sous la tente (plus d'infos sur le site www.kumuka.co.uk ). J'appréhende un peu de me retrouver avec tout un groupe d'inconnus après tout ce temps passé à voyager en solo ou avec des amis choisis. J'ai choisi cette solution pour la facilité, mon ignorance de l'espagnol et l'impression de plus grande sécurité que procure se type de voyage.

Je fais connaissance avec mes compagnons de route. Claudia, Hollandaise avec un passeport du Zimbabwe est notre "tour leader", elle est sympatique et très dynamique. Cliff le chauffeur ressemble à un ours mal léché, il est Sud Africain et j'ai un peu de mal avec son accent, pire que l'australien à mon goût. Une fois apprivoisé, il se révèlera très sympa aussi. Mes compagnons de voyage sont rosbifs, kiwis et kangourous. Je suis le seul froggy et on est seulement 14 passagers pour 24 places, on a de l'espace et c'est tant mieux !

Je suis content de partir de Santiago que j'ai assez vu. On prend la route plein nord avec des étapes à la Serena, Bahia Inglesia, puis Antofagosta, trois villes côtières sans beaucoup de charme à mon goût. L'océan ne dépasse pas les 15°, seuls les anglais vont un peu se tremper.

Beaucoup de route dans un décor peu intéressant. Le désert d'Atacama est le plus sec du monde et je me demande s'il n'est pas aussi le plus ennuyeux: pas de dunes, pas de couleurs, pas de buissons, pas de vie. Juste des sac en plastique le long de la panamericana et de temps en temps des mini chapelles dédiées à la Vierge Marie. Montant vers l'intérieur des terres, on arrive à San Pedro de Atacama au nord du Chili :
J'ai l'impression de commencer mon voyage sud américain ici. Le désert prend ici une toute autre dimension. La vallée de la lune est superbe : dunes, rochers, strates de couleurs. Le village de San Pedro se donne des airs de Mexique avec ses maisons en briques de terre crue blanchies à la chaux.

Demain, on part en Bolivie, le centre et le nord du Chili ne resteront pas dans ma mémoire comme un endroit ou j'ai envie de revenir. En schématisant un peu, seul le vin rouge m'a fait bonne impression jusqu'ici.


BOLIVIE

Pour les 4 prochains jours, nous allons nous associer avec Bukima , une autre compagnie britannique proposant le même genre d'expéditions que Kumuka. Cette association temporaire doit permettre à chacun d'assurer l'assistance de l'autre en cas de plantage, pépin mécanique ou météo...

Départ de San Pedro sur le coup des 6 heures du mat. Il fait encore nuit et notre camion monte péniblement vers la frontière située 2400 mètres plus haut, sur un col à 5100 mètres d'altitude. Il y a 2 jours, on était au niveau de la mer et c'est le mal des montagnes pour à peu près tout le monde. En plus de l'essoufflement au moindre effort, j'ai quelques maux de tête que je vais garder 3 jours tandis que d'autres moins chanceux que moi, vomissent tripes et boyaux. Je peux vous dire qu'à 5100 m, à 7H du mat, j'ai du mal a tenir le stylo pour remplir le formulaire d'immigration tellement mes mains tremblent de froid. Les formalités accomplies, on reprend la piste qui descend dans des paysages désertiques absolument EXTRAORDINAIRES, et je pèse mes mots. Mes 4 premiers jours sur l'altiplano dans le Sud Lipez, je ne suis pas près de les oublier...

Le premier arrêt après la frontière est Laguna Verde (4800m). Comme son nom l'indique : il est vert et blanc. Le paysage alentour est incroyable : du sable et de cailloux multicolores: blanc, jaune, ocre, rouge, marron et quelques pointes de vert. Dans le lac se reflètent quelques 'collines' à 6000m, le sommet blanchi de neige. Pour compléter le tableau, on ajoute un ciel bleu foncé comme on en voit qu'en haute altitude et vous comprendrez qu'on en prend plein les yeux. Opération petit déjeuner : on sort les tables et les chaises dans ce sublime décor et ceux qui ne sont pas déjà malades se jettent sur le porridge les toasts et les œufs au plat. La journée ne fait que commencer et le soleil ne nous réchauffe pas vraiment. On reprend la route, encore plus belle si c'était possible. On passe devant une série de petits lacs et on s'arrête près de l'un d'eux où se trouve une source d'eau chaude. Il y a déjà quelques baigneurs. Je cours enfiler mon maillot de bain, c'est un supplice d'enlever toutes mes couches de vêtements tellement j'ai froid. Le bain est fantastiquement chaud. Un vrai bonheur dans ce décor irréel. J'appréhende un peu la sortie de l'eau mais tout va bien, je suis comme une brique réfractaire qui rayonne. Je vais rester tout rouge pendant une heure avant de me geler à nouveau.

Le programme de la journée continue avec des geysers et des mares bouillonnantes de boues colorées. La route reprend avec un paysage toujours renouvelé qui m'émerveille à chaque instant.

En fin de journée on arrive au refuge en bordure du Laguna Colorada. On aperçoit même quelques flamands roses. Non, ce n'est pas une hallucination liée à l'altitude ou à l'utilisation de canabis: il y a bien des flamands roses, ici, à 4700m d'altitude.
Le refuge n'est pas chauffé, mais c'est toujours mieux que dehors. La nuit est difficile : frissons et maux de tête. Personne du groupe n'est épargné totalement par le mal de l'altitude.

Au petit matin, et une fois que le gasoil des camoins est dégelé, on peut repartir vers une multitude de lacs salés (ou ''salar'' en espagnol) qui sont littéralement quadrillés par les flamands roses. En avançant doucement, il est possible de les approcher à une vingtaine de mètres. Et voilà une rencontre bien singulière, deux Français en vélo font le trajet en sens inverse du notre. A voir leur état, je ne leur ai pas demandé s'ils étaient fatigués ou si c'était dur... Pédaler à cette altitude, dans le froid et le vent, en autonomie complète d'eau et de nourriture, c'est déjà pas évident mais en plus le faire dans le sable et les cailloux : c'est un exploit physique et mental extraordinaire. Chapeau.
Une demi journée de route plus loin, voilà un autre cycliste. Un Autrichien, pédalant tout seul au milieu du désert. Comme les deux autres, l'épuisement se lit sur son visage. J'en reste baba... Et dire que je me prenais pour un aventurier ;-)

Nous voici maintenant sur le grand salar de Chiguana complètement asséché. Pendant la saison des pluies, cela peut se transformer en ''Sluge'': une croûte de sel avec de la boue en dessous où on peut se planter facilement. Petit arrêt au camp militaire de Chiguana pour contrôle des passeports. Ce qui est assez drôle, c'est que les baraquements sont couleur camouflage (vert fluo et marron) alors que l'environnement est blanc et jaune ocre !
Encore un salar à traverser est nous rejoignons le village de San Juan. Ce refuge est mieux équipé que le précédent, eau courante et même électricité.

Début du troisième jour en Bolivie. D'autres dépaysements spectaculaires nous attendent. Par une piste tout autant chaotique que les précédentes, on arrive maintenant sur le plus grand lac salé du monde, le salar d'Uyuni, à 'seulement' 3650m. La surface est de 12 000 km², soit 120 kilomètres de diamètre moyen. C'est la saison sèche et on peut rouler dessus, ça ressemble de loin une grande étendue gelée, mais de près on distingue des formes de cristallisation hexagonales. Ce lac est tellement grand qu'on distingue à peine les montagnes sur l'autre rive. Dans la traversée, on s'arrête sur l'isla del pescado (l'île du poisson) couverte de cactus photogéniques. La vue du sommet de l'île est complètement irréelle, du sel et encore du sel tout autour de nous.

On passera la nuit sur le salar, dans le 'palacio del sal' un hôtel assez singulier puisque les murs, les tables, les chaises, les lits: presque tout est en sel. Même la note est salée à 90$ la chambre double, repas du soir et petit déjeuner compris.

On touche la terre ferme le lendemain et arrivons à Uyuni, première ville bolivienne du périple. C'est l'Amérique du sud que j'imaginais, avec ses marchés colorés, des mères qui portent leur bébé enveloppé dans une couverture multicolore accrochée dans le dos sans oublier le chapeau qui laisse dépasser deux longues nattes. Un voyage dans le temps... arrêtons de rêver, il y a aussi la télé câblée même si je doute qu'on la trouve dans tous les foyers.

L'abus de bière est dangereux pour la santé.L'étape suivante, c'est la grosse ville de Potosi: 120 000 habitants à 4 000 m d'altitude. Des centaines de mines qui fournissent de l'argent et autres métaux précieux. Elles sont exploitées depuis cinq siècles. Durant la colonisation espagnole, 8 millions d'esclaves africains et indiens quechua sont morts de silicose ou d'accidents. La ville est maintenant en perte de vitesse. On peut toujours admirer les nombreux bâtiments et cathédrales d'origine espagnole comme l'atteste l'architecture un peu 'chargée'. La ville peut s'enorgueillir de nombreux records : comme les cybercafés ou la brasserie la plus haute du monde.

Nous voici maintenant arrivés à La Paz, réputée la plus haute capitale du monde. En fait, la Bolivie possède deux capitales qui se partagent les pouvoirs: Sucre et La Paz). La ville est très sympa et animée. L'atmosphère est multiculturelle avec un gros brassage d'indiens et d'européens. Il y a des marchés partout. Je fais quelques achats de souvenirs dont quelques pulls en alpaga et deux huiles sur toile d'un artiste bolivien renommé... en Bolivie. Elles feront joli dans le salon.

Petite parenthèse : Si vous avez dans l'idée de construire une maison, vous pouvez acheter ici l'indispensable fœtus de lama séché. Il vous faudra l'enterrer sous la maison pour avoir la protection de Pachamama, la déesse de la terre. Dans les Andes, on est catholique a 98% mais les traditions et le chamanisme sont toujours bien vivants. Fin de la parenthèse.

Notre chauffeur Cliff est tombé malade : une infection pulmonaire à 4000 m d'altitude, ce n'est pas très bon. Après une hospitalisation à La Paz, il sera transféré dans une clinique de Lima, beaucoup plus proche du niveau de la mer. Claudia porte maintenant les deux casquettes de guide et de chauffeur. Ce contretemps nous permet de rester 2 jours de plus ici, on en profite pour aller visiter le site pré-Inca de Tiwanaku intéressant mais pas très spectaculaire.

Pour en terminer avec La Paz sur une note culinaire, le steak de lama, c'est pas mauvais du tout.

Nous partons maintenant pour Copacabana, sur la rive bolivienne du lac Titicaca. On devait y aller en ferry mais pas de chance, il a coulé il y a 4 jours faisant 3 morts. Le trajet par la route est beaucoup plus long et nous oblige à traverser une langue de terre péruvienne. Donc beaucoup de frontières à passer.

Ahhh, LE lac Titicaca : ce nom m'a toujours fait rigoler quand j'étais petit, il n'est pourtant ni marron, ni jaune !!! ;-) et Copacabana est une sympathique petite bourgade à l'allure coloniale. Devant la cathédrale d'architecture Mauresque, il est courant de voir une procession de voitures venir se faire bénir par le prêtre.
Après une nuit dans un bel hôtel face au lac, nous partons pour le Pérou...




 

PEROU

Inca Kola, la boisson du Pérou
Après le passage de la frontière, nous longeons le lac Titicaca jusqu'à Puno. Après une soirée entre gringos de style pizza / télé, suivie d'une bonne nuit de repos, on part en bateau sur le "plus haut lac navigable du monde" vers les inévitables îles flottantes des "véritables derniers indiens Uros". Elles sont faites de roseaux et ancrées au fond du lac. Les touristes y sont attendus de pied ferme même si le sol est mou.
On continue vers l'île Amantani ou on sera nourri et hébergé deux par deux dans une famille. Avec Simon, nous serons accueillis par Elias et Valeria, ils ne parlent que quechua et on communique en mêlant langue des signes et grands sourires. Dans la cour de la ferme sèchent d'étonnants épis de maïs qui vont du jaune au noir en passant par le rouge et le bleu. Il y a aussi des espèces de racines à la peau jaune ou rouge. Voyant ma curiosité pour la chose, Valeria m'en amène quelques spécimens cuisinés pour y goûter. Cela tient de la pomme de terre et du salsifis, cela s'appelle des 'ocras', 'orcas' ou quelque chose comme ça et ce n'est pas mauvais du tout.
Le soir, une fête est organisée en notre honneur avec tout le village. Une expérience sympathique, dommage de rester une seule nuit. Ce n'est pas ici une usine à touriste mais un vrai village qui n'a pas hébergé de touriste depuis 6 mois. Après une arrêt sur l'île beaucoup plus touristique de Taquilé, nous rentrons à Puno et on s'offre une spécialité locale, le cochon d'Inde à la broche. On m'a appris à ne pas jouer avec la nourriture mais la tentation était trop forte... Même s'il n'y a pas grand chose a manger, on a bien rigolé avec ces maigres bêtes.

L'étape suivante, c'est Cusco, la capitale de l'empire inca, on admire l'architecture coloniale et les murs inca aux pierres taillées et ajustées au millimètre: du beau boulot. On se demande encore comment ils ont fait. Les gringos qui remplissent les pubs et autres pizzerias ne discutent que d'une chose : l'Inca trail. Il y a ceux qui l'ont fait et ceux qui vont le faire. On est dans la deuxième catégorie. L'Inca trail, c'est un sentier de randonnée de 45 km qui mène jusqu'au Machu Picchu. Cela pourrait ce faire en une bonne journée de marche sportive mais les gringos mettent 4 jours, car ils profitent des nombreuses autres ruines qui jalonnent le parcours. Maintenant on est bien acclimatés et l'altitude ne devrait pas être un problème d'autant plus que le plus haut col à passer n'est qu'a 4200m. Ce sera quand même dur, voire même un véritable défi pour certains du groupe qui n'ont jamais fait de sport de leur vie et qui ont quelques kilos superflus.

Ceci dit, le paysage est de plus en plus beau a mesure que l'on s'approche du but. "Ponchoman" notre guide péruvien est absolument excellent. A chaque arrêt, il nous fait revivre au temps des Incas et nous raconte épisode après épisode leur grandeur et leur chute lors de la conquête espagnole: Mais comment Pizarro et 170 mercenaires espagnols réussissent à vaincre Atahualpa et ses 80 000 guerriers, incroyable mais vrai. Je m'égare...

... revenons au Machu Picchu:
Pour notre quatrième jour de marche, le réveil est à 4 heures, il fait nuit noire. Ponchoman nous apporte notre café au lait sous la tente. On démarre une heure plus tard et on atteint la puerta del sol à l'heure du lever de soleil présumée. La vue serait sympa si on était pas dans un épais brouillard. Certains mauvais coucheurs du groupe, râlent contre le guide, ''on aurait pas du se lever si tôt'', ''il ne fait pas beau'', ''j'ai mal aux jambes…'' :-(
Très cool, il leur fait remarquer qu'il ne commande pas aux éléments et qu'on a eu la chance de ne pas avoir une goutte de pluie sur le parcours, ce qui est très loin d'être habituel... :-)

On descend vers les ruines de la ville... La visite est fantastique, le site est plus grand que ce que je pensais. Le brouillard se transforme en brume laissant apparaître les montagnes alentour, des espèces de pains de sucre moitié falaise, moitié jungle. Je trouve maintenant que cette brume est une véritable chance, qui ajoute la magie à la beauté naturelle du site. Ce site mondialement connu, vu et revu en photo et dans les reportages télé vaut vraiment le détour. Aucune photo ne peut rendre ce que l'on y ressent.
Vers 11 heures, l'astre du jour rayonne pleinement et les touristes commencent à affluer en masse, ils arrivent en train ou en hélicoptère, une autre façon d'y aller. Il est grand temps de rentrer. Train et bus pour 2 jours de repos à Cusco, maintenant fiers d'appartenir maintenant à la deuxième catégorie de gringos. Les caipiriñas et autres Pisco Sur coulent à flot avec Cliff, notre chauffeur rétabli plus tôt que prévu.

L'étape suivante, c'est le cañon del Colca ou on admire de nombreux condors qui enroulent leurs premiers thermiques à quelques mètres de nous. Il ne faut pas rater l'envol car ils gagnent de l'altitude très rapidement. Ensuite on bifurque vers Arequipa. La visite du monastère Santa Catalina est un grand moment: la beauté et la sérénité dedans, les gaz lacrymogènes dehors !!! Les élections présidentielles qui se préparent entraînent de nombreuses protestations, les slogans sont:
- Arequipa révolution
- Dictatura no, democracia si
- El Chino dictator (C'est le surnom de Fujimori, d'origine japonaise)
Un des problèmes, c'est que Fujimori se présente pour un troisième mandat alors que la constitution n'en accorde que deux maximum. Ajoutez à cela la crise économique, quelques affaires de corruption et d'assassinats et on comprend que les gens descendent dans la rue. Mes compagnons Australiens trouvent les manifs extrêmement exotiques... ils n'ont jamais vu ça qu'à la télé. Les Français ne peuvent pas en dire autant.

Repartis plein nord le long de la côte, nous faisons halte au cimetière de Chauchilla qui expose à ciel ouvert une grande série de momies de 1500 ans. Une drôle d'expérience. Nous voila maintenant à Nazca, siège des fameuses lignes et dessins géants visibles seulement du ciel. On a écrit pas mal de théories sur ces lignes, même qu'il s'agissait de pistes d'atterrissage pour OVNI, c'est dire si l'imagination de certains 'scientifiques' est fertile!

Le road movie continue vers le nord en direction de Pisco. En chemin, on fait une petite halte déjeuner à Huacachina, une véritable oasis au milieu du désert. Avec un petit lac entouré de grandes dunes de sable, on se croirait dans Lawrence d'Arabie. A la place du tour en chameau, on loue des planches de sandboard qui nous permettent de surfer la dune. C'est très amusant et facile pour quelqu'un qui en a déjà fait sur la neige. Dommage que la montée, les chaussures alourdies par le sable, soit si pénible.

De Pisco nous embarquons à bord d'une vedette rapide pour les îles Ballestras: c'est pas encore les Galápagos, c'est juste un avant goût. Elles sont couvertes d'oiseaux de mer et d'otaries. Les hommes y débarquent une fois par an pour y récolter le fertile guano. L'autre attraction, c'est la foule de pélicans qui assiège le port de pêche.


Choisissez votre candidat
Bulletin de vote modifié en faveur de Fijimori.
L'alliance d'opposition 'PERU POSSIBLE' est devenue 'PERU IMPOSSIBLE'


A peine débarqués, on part sans tarder à Lima. C'est un jour plus tôt que prévu sur le planning, mais on ne sait pas ce qui peut se passer après les élections... manifestations, échauffourées ou plus ? Effectivement, le soir on a droit à pas mal d'animation sous notre balcon. Il faut dire que notre hôtel est en plein centre ville, entre les deux places où se rassemblent les manifestants. On pleure et on se mouche beaucoup à regarder passer les émeutiers, puis les policiers dans un nuage de gaz lacrymogène. Rien de très sérieux d'où on est. Juste des provocations. La présence policière est forte dans tout le centre, on se dépêche d'aller manger notre ''poulet - frites''.
Le lendemain, à part quelques vitrines brisées, tout semble normal et les gens vont travailler. Les rues sont nettoyées et Fijimuri est officiellement réélu malgré un boycott massif de la population et 30% des bulletins déclarés nuls.

Lima est finalement assez agréable, avec de jolies places et des rues commerçantes piétonnes. Au jeu des comparaisons, je trouve que c'est moins beaucoup moins typique que La Paz mais plus sympa que Santiago. Parmi les quelques visites de musées et autre monuments, je retiendrai particulièrement le monastère de San Francisco avec ses catacombes et sa bibliothèque, toutes deux bien remplies. Une autre curiosité, c'est le restaurant "l'eau vive" qui est tenu par des nonnes d'un ordre francophone. Outre la beauté et l'élégance du lieu, l'accueil est chaleureux et la cuisine sympa. C'est devenu ma cantine et j'y vais tous les midis.

Après 4 jours à Lima : route au nord. Nous nous arrêtons à côté de Trujillo pour visiter la Huaca de la luna (pyramide de la lune) où on observe les archéologues en plein travail d'excavation et de conservation. Les bas reliefs peints sont éclatants de couleurs malgré leur 1500 ans d'âge.
Nous allons ensuite visiter une petite partie de l'immense cité en terre crue de Chan Chan. Elle est vieille de 700 ans et est en cours de restauration (reconstruction ?). A chaque pluie, les murs s'érodent un peu plus.

Un peu plus au nord, on s'arrête à Lambayeque pour admirer l'exceptionnel musée du seigneur de Sipan. Pour moi, c'est le meilleur musée que j'ai vu en Amérique du Sud. Il n'est pas question ici de présenter des alignements de centaines de gobelets d'or, de bagues et autres momies. Ici, c'est une histoire qui nous est contée, magnifiquement illustrée par l'ensemble des objets (masques, bijoux, et tissus) trouvés dans une tombe d'époque pré-inca.

Tout au nord du Pérou, on fait halte sur une plage pour quelques jours de détente. Baignades, volley-ball et barbecues. La frontière n'est pas loin.



EQUATEUR

Le paysage change radicalement, on passe du désert aux bananeraies! La population change aussi, on retrouve ici les indiens, les tissus colorés, les chapeaux... on en avait plus vu depuis Cusco.
Nous voici à Cuenca, la plus jolie ville du pays selon mon guide (qui ne raconte pas que des bêtises). La cite coloniale est très bien conservée, elle donne une impression de grande richesse. C'est étonnant dans ce pays en crise: la monnaie -le sucre- est remplacée par le dollar américain, et cela entraîne une hausse des prix sans précèdent. On ne peut pas dire que les pauvres, et ils sont nombreux, profitent de la "dolarizacion". Des manifs, ou pire, sont à craindre. La présence policière est très marquée. L'étape suivante, c'est un voyage en train de Alausi a Riobamba en empruntant la "ligne la plus dangereuse du monde". Pour ajouter du piment, on voyage sur le toit des wagons. Le trajet commence par la descente d'une quasi-falaise en effectuant des aller-retour, ensuite, la voie devient plus "normale". Le train ne déraillera que trois fois au cours des 6 heures de trajet: pas de quoi s'affoler, c'est la routine. Notre camion nous attend à l'arrivée et nous transporte à Baños, au pied du volcan Tungurahua qui crache des cendres incandescentes que l'on ne verra jamais à cause de nuages. Par contre, la nuit, on l'entend gronder.
Trois jours bien agréables ici: VTT, bains dans les termes et resto français.

Nous n'avons pas visité les parties amazoniennes de la Bolivie ou du Pérou. Cette omission va être réparée. Grande descente dans la jungle amazonienne. La température augmente nettement, l'humidité aussi. On passe quelques jours dans la jungle du côté de Tena. On joue pas les Rambos en stage de survie, c'est plutôt récréatif : baignades dans la rivière, descentes en bouées, escalades de cascades... Sympa et humide, mais on ne va pas moisir plus longtemps ici.

18 juin, Quito nous appelle. La route s'élève et la température décroît à nouveau. On s'arrête pile poil sur l'équateur pour faire des photos souvenir, un pied dans chaque hémisphère. Notre dernière journée est consacrée à la visite du marché touristique d'Otavalo, 150 km au nord de la capitale.

Voilà, c'est fini pour mon voyage organise: Santiago-Quito en 8 semaines. Vive la liberté. Les soirées d'adieux s'enchaîner avec leur cortège de viande saoule. L'aspirine est là tous les matins pour limiter le mal de crâne...

La première chose dont je m'occupe à Quito, c'est de trouver une croisière au meilleur rapport qualité prix pour les Galápagos. Le bateau est en effet le seul moyen de visiter ces îles. En réservant d'ici, on a droit à des prix de dernière minute (à peu près deux fois moins cher qu'en réservant d'Europe). Une 'affaire', même si cela reste encore très cher. On peut encore avoir une réduction supplémentaire en allant négocier directement sur place, mais la haute saison approche et je préfaire assurer une réservation fiable. Après avoir vu plusieurs agences, je trouve finalement mon bonheur et pars dès le lendemain pour l'île de Baltra aux Galapagos.


photos et récits des Galapagos

12 jours plus tard, en revenant des îles Galapagos...

De retour à Quito : Je retrouve mon camarade Cliff (pas le chauffeur, un autre) avec qui j'ai prévu d'aller faire un tour en Colombie. J'ai eu pas mal d'échos contradictoires sur ce pays, plutôt plus que moins en proie à la guerre civile.
Pour en avoir le cœur net, je vais faire une visite au South American Explorer's Club, un organisme indépendant qui renseigne les touristes. Une charmante équatorienne francophone me reçoit :
- 'Toute la zone sud du pays contient des poches de guérilla, mais le plus dangereux c'est la police et l'armée sous payés qui dépouillent tout le monde' (sic !), elle ajoute :
- 'Normalement, on n'est pas tué ou kidnappé, mais on a de bonnes chances de rentrer en slip' (re-sic !). Cependant,
-'Il y a quand même des touristes qui traversent le pays sans encombre'. Me voilà complètement rassuré :-o
On discute aussi de la sécurité à Quito. Elle a vécu un an en France et elle me surprend un peu :
-'Quito est aussi sûr que Paris' me dit elle,
- 'il y a pas mal de problèmes aussi là bas'. Et je suis un peu bouche bée. Cela fait presque un an que j'ai quitté la France mais je ne me souviens pas d'avoir vu un garde en gilet pare balle et avec un fusil à pompe devant chaque McDo. A Quito, si.

En tout cas, j'ai bien compris le message : La Colombie, c'est certainement très joli, les gens sont très accueillants mais on verra quand même plus tard.

Le plan B, car je n'aime pas rester trop longtemps sans rien faire, c'est de tenter l'ascension du Cotopaxi qui culmine à 5897m. C'est le deuxième sommet du pays après le Chimborazo. Le nom Cotopaxi veut dire 'le manteau de la lune' en indien Quechua. Un très joli nom. Le problème majeur de l'ascension, à part la qualité de la neige, la météo, la forme physique, c'est l'acclimatation à l'altitude : je viens de passer 12 jours au niveau de la mer et même un peu en dessous. Ce n'est pas bon pour mes globules. L'agence de guides me propose un programme d'acclimatation sur plusieurs jours, je le suis à la lettre :
- Mercredi : El Pasochoa à 4000m
- Jeudi : El Corazón, 4800m. La même altitude que le Mont Blanc, mais en baskets. Les derniers 300m sont durs avec des maux de tête et des pertes d'équilibres dues à l'altitude. Je grimpe avec deux équatoriens rencontrés en chemin. Ramiro et Marito sont étudiants et parlent un peu anglais. Au sommet, on a la chance d'apercevoir 4 majestueux condors. 6 heures de montée pour 1800m de deniv. En 3 heures, on est en bas, rompus.
-Vendredi : repos bien merité. Je vais chez le coiffeur pour gagner du poids.
- Samedi : montée au refuge du Cotopaxi. C'est pas trop fatigant. Le parking est à 4500m et le refuge seulement 300m plus haut. A 6H on va se coucher.
-Dimanche :
*0H00, c'est pas un tôt pour le petit déjeuner ?
*0H50, début de la montée encordé à mon guide de haute montagne. Il s'appelle Beno, il est Suisse et vit en Equateur depuis 6 ans. J'ai de la chance, j'ai un guide pour moi tout seul, les autres clients ont annulé. Du côté des conditions climatiques, on n'est pas trés gâtés : vent, pluie verglaçante, et neige un peu plus haut. A cette altitude, il ne fait pas bien chaud non plus. Le côté positif, c'est que la neige est très facile, les crampons accrochent sans soucis, la progression est régulière.
*6H00, Il ne reste que 200 à gravir. Le jour est arrivé, le ciel s'est dégagé. Le seul problème... c'est moi ! L'altitude se fait sentir : mal de tête et de temps en temps comme une désagréable envie de vomir. Avant, je marchais à pas de fourmis, maintenant, c'est des demis-pas et je m'arrête tous les 50m. Un vrai chemin de croix, 'il faut marcher avec la tête, plus avec les jambes' m'indique Beno. Ces 200m vont m'occuper l'esprit pendant 2H40, dur, dur ! Je suis claqué, vidé, je veux m'asseoir là et ne plus bouger. Mais je monte quand même, il faut penser à bouger ses pieds faire marcher les muscles des cuisses et des mollets, planter les crampons, ne pas perdre l'équilibre, faire encore un pas : la marche n'est plus automatique, je repense avec ce qui me reste de lucidité à ce que m'a dit Beno : 'il faut marcher avec la tête, plus avec les jambes'.
*8H40, 5897m. La récompense du sommet est là. La vue est superbe. Photos souvenir de l'exploit. La descente peut commencer. On va plutôt vite, seulement 1H30 pour arriver au refuge.

Aujourd'hui seulement 11 personnes atteignent le sommet sur la cinquantaine qui l'a tenté. Retour à Quito peu après midi. L'aspirine vient finalement à bout de mon mal de tête, qu'elle en soit publiquement remerciée !

Le lendemain, maman m'envoie un courrier électronique. Elle est fière de son fiston, mais il est temps de rentrer à la maison, car la cartouche d'encre de l'imprimante est vide.

Il ne me reste plus qu'une semaine avant de monter dans l'avion qui va me ramener à Marseille. Je vais la passer à Quito en prenant tous les jours 4 heures de cours particuliers dans une des multiples écoles d'espagnol de la ville. C'est sympa, efficace et avantageux, j'aurai dû commencer par ça. Tous les jours, une fois les devoirs terminés, avec Cliff et une petite bande de copains et copines, on part se faire une bonne bouffe ou danser la salsa (je ne sais pas danser mais l'ambiance et super !)

EPILOGUE ?

Voilà, demain je rentre. Cela ne m'enchante pas autant que les Galápagos. Je continuerai bien quelques mois de plus mais il faut se faire une raison, ou même plusieurs. J'en ai fait une liste :
- Cotiser à la secu,
- Trier mes photos (j'en ai un paquet),
- Déguster des paupiettes de veau et des bouchées à la reine,
- Me nettoyer le gosier au Chateauneuf du Pape,

- Arrêter de faire mon sac tous les deux jours,
- et bien sur, changer la cartouche d'encre de l'imprimante ! (La liste n'étant pas limitative)

Hasta pronto,
Xavier, El Globotrotter



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