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Inde du Nord...

Au départ de Katmandou (Népal) j’embarque dans la soirée en direction de l’Inde en compagnie de mes trois compagnons de route : Philippe, Jean Philippe et Raphaël. On passe la frontière au petit matin, un peu cassés. Les formalités sont vites accomplies.  Après un petit déjeuner avalé dans un boui-boui local. Nous nous dirigeons maintenant vers notre bus en correspondance pour Varanasi qui attend les touristes. Les ennuis commencent, l’armée des aides chauffeurs demandent une importante « taxe » pour les sacs. Moi, j’aurai payé. Mais on ne la fait pas à Philippe qui a déjà passé un mois en Inde. Il connaît le truc. Les discussions commencent.... elles vont durer 2 heures. Avec beaucoup d’énervement et d’intimidations respectives, on installe nos sacs sur le toit du bus, et on grimpe dedans sans payer de bakchich. Ils demandaient environ le quart du prix du billet ! Finalement, on démarre pour Varanasi (nouveau nom de Bénarès). Ce n’est pas utra-confortable mais chacun est sur un siège, à part ceux qui sont arrivés plus tard et qui sont sur le toit. On traverse la plaine du Gange, les rizières bordées de palmiers s’étendent à perte de vue. Le bus s’arrête toutes les 4 heures pour une pause, ce qui permet de se déplier les jambes et se sustenter. Déjà, l’Inde nous caresse les sens :

Vue : Les sacs en plastique et autres détritus.
Ouïe : Les Klaxons omniprésents.
Odorat : La merde, les gaz d’échappement, l’encens, la poussière.
Goût : Le « Chaï », du thé au lait très sucré et aromatisé (gingembre, cardamome).
Toucher : Ca colle partout ! les sièges, les murs, les plats...

La nuit tombe et on arrive finalement dans la ville sainte au bout de 20 heures de voyage. Les chauffeurs de rickshaw nous réceptionnent à l’arrivée du car. Assez fatigués, on s’entasse dans un rickshaw en direction de Daswashamed ghat. Notre guide de voyage précise que souvent, les chauffeurs indiens ne vous emmènent pas où vous avez demandé, ils préfèrent une destination où ils vont toucher une commission du gérant de l’hôtel. Malgré nos précautions on c’est tous retrouvés dans l’hôtel choisi par les soins de notre chauffeur. Pour cette fois, ça va passer…. On est trop fatigués pour combattre. On va passer la première nuit ici, et demain on va essayer de se trouver un hôtel avec vue sur le Gange.

Visite de la ville et recherche d’un hôtel. La ville moderne semble sans intérêt touristique majeur, concert de Klaxon, vaches broutant les détritus, cohue, marchés, pollution, mendiants… Dans la vieille ville, c’est le moyen-âge tel que je me l’imagine : dédale de ruelles étroites en terre battue, jonchées de détritus et d’excréments de toute nature. Les bouses sont ramassées et séchées en galettes contre les murs, elles serviront de combustible. Je me dis que c’est la dernière fois que je me promène ici en sandalettes. Le tableau de la vieille ville ne serait pas complet sans parler du Gange et des ghats (ce sont des escaliers qui descendent dans l’eau). Ici, pour le standard indien, tout est beaucoup plus propre (certains diraient « moins sale »). Il y a pas mal d’animation, mais on est protégé du vacarme et de la pollution lié à la circulation. Cela crée une atmosphère toute particulière, assez plaisante. On s’installe au Vishnu rest house, juste au dessus des ghats. Il y a une grande terrasse avec une vue imprenable sur le Gange.
- A 100 mètres à droite, il y a un ghat de crémation. C’est un honneur de mourir ici et beaucoup d’indiens ne viennent ici que pour ça.
- Juste en face, il y a un ghat utilisé par les « lavandiers » : la lessive, c’est un travail d’hommes. Ils tapent dessus avec force toute la journée. Le linge sèche un peu partout, c’est un festival de couleurs.
- A gauche, c’est une enfilade de ghats où les pèlerins viennent prier et faire leurs ablutions pour se purifier dans le fleuve sacré. A mon avis, ils ne purifient que leurs âmes tant l'eau est infecte.

Lors d’une promenade en bateau, on verra même un cadavre de vache au ventre gonflé qui, dérivant au fil de l'eau, est venu se coincer dans les amarres des bateaux, sans déranger les pèlerins qui continuent de se baigner et de boire de ce jus sacré. Je pense que pour nous, boire un dé à coudre de ce nectar : c'est le rapatriement sanitaire assuré. On peut s’estimer « chanceux » de ne pas avoir vu de cadavre humain car c’est très fréquent : ceux qui n’ont pas assez d’argent pour acheter le bois nécessaire à la crémation sont tout simplement jetés à l’eau, à moitié consumés ou pas consumés du tout.
Nous restons 5 jours à Varanasi . Je vais passer les deux premiers accroupis, avalant un antiseptique intestinal toutes les 4 heures. Entre deux rushs, je peux quand même sortir des toilettes pour aller compléter mes réserves de papier et contempler les ghats du haut de la terrasse. La prochaine fois, j’essaierais de ne pas acheter de bouteille d’eau minérale contrefaite.
5 jours à Varanasi , c’est le temps qu’il m’a fallu pour apprécier la vie telle qu’elle se déroule ici. J’aime cette ville à l’ambiance tout à fait particulière, régie par la religion. Avec une culture judéo-chrétienne, c’est difficile de comprendre ce qui ce passe ici : beaucoup de questions mais aucune réponse. Il m’a fallu rester des heures près des ghats pour apprécier le calme au petit matin, la brume qui se lève, un bon thé au lait légèrement parfumé au gingembre, l’arrivée des premiers pèlerins et mendiants, la foule des masseurs, barbiers, vendeurs de fleurs, bateliers, et enfin, le calme qui revient en même temps que la lune monte. Tous les soirs, pendant qu’on joue aux cartes sur la terrasse de notre hôtel, tels des messages envoyés aux dieux, des petites lampes à huile dérivent paisiblement sur le fleuve.
Oui, j’aime vraiment cet endroit, malgré tout, malgré la saleté et les mendiants plus lépreux les uns que les autres. Varanasi est une ville qui résume les contrastes les plus frappants de l’Inde : la misère et la richesse, le laid et le beau, le calme et le bruit, la foi et l’hérésie. 
Séquence émotion dans le rickshaw qui nous emmène à la gare : on se croirait dans un film en trois dimensions ou dans un jeu vidéo où le but est de traverser une ville sur un parcours semé d’embûche. Le chauffeur/pilote est un as du guidon. Nous, on garde notre respiration, et on est tellement contents d’arriver entiers qu’on lui donne même un pourboire ! Nous avons réservé 4 places de train en deuxième classe « sleeper » pour aller à Agra. On suit les panneaux d’affichages et on attend sur le quai devant un bon thé, avec nos provisions de biscuits et de bananes. Le serveur nous pose les questions rituelles : de quel pays vient on ? où va t on ?.. et c’est comme ça que l’on apprend que les panneaux d’affichage sont tous faux et que notre train nous attend sur une autre voie. Il partira 10 minutes plus tard, nous laissant le temps de monter dedans. C’est facile de vérifier que c’est le bon train car nos noms sont écrits sur un listing informatique collé sur le wagon. Le train est à voie large, il y a 6 couchettes dans un compartiment et 2 en face du couloir. La nuit est fraîche dans le wagon plein de courant d’air. En début de matinée, on aperçoit le fort d’Agra, c’est ici qu’on descend.

Un petit tour en rickshaw et on se retrouve dans un hôtel très sympa à 100 mètres du fameux Taj Mahal. En plus, le prix est dérisoire ( 2 € ) et la vue est superbe sur les toits de la ville. On prend un petit déjeuner monstre sur le toit. Il faut bien surveiller ses gamelles car les hordes de singes viennent pour tout nous piquer. On défend nos victuailles comme on peut avec un bâton.
Le Taj Mahal tout de marbre blanc sculpté et incrusté de pierres précieuses est une pure merveille. L’édifice principal est un mausolée construit par amour d’un sultan pour sa défunte femme. Pour la petite histoire, le sultan avait prévu de construire une réplique du Taj en marbre noir pour accueillir sa propre dépouille, mais son fils l’a destitué et l’a emprisonné au fort d’Agra. De la fenêtre de sa chambre, il pouvait voir tous les jours le tombeau de sa bien aimée. L’attraction du lieu ne réside pas que dans les pierres, la foule des visiteurs est tout aussi remarquable. Je m’attendais à voir des tribus d’américains et d’allemands bruyants mais à ma grande surprise les touristes sont quasiment tous indiens. Cela va à l’encontre de mes préjugés sur l’Inde où je m’attendais plus ou moins à voir de la misère partout. Ici c’est tout le contraire : tout est beau, calme, les indiennes sont toutes vêtues de saris absolument extraordinaires aux couleurs chatoyantes et broderies au fil d’or.

 

Rajasthan...

Direction Rajasthan : Bus pour Jaipur, la ville rose nous accueille dans un nuage de pollution. On galère un peu pour trouver un hôtel décent à prix correct. C'est un bordel monstre dans les rues, en plus de la multitude, on trouve pêle-mêle : des chameaux, éléphants, chevaux, bœufs, charrettes à bras, bus, vélos, camions, autos, scooters, rickshaws, cyclo-pousse... Pour couronner le tout, quand on se promène en ville, il faut enjamber les groupes électrogènes posés tous les trois mètres sur les trottoirs. L’asphyxie est totale. Cela nous ferait presque oublier que Jaipur est surnommée ‘la ville rose’ en raison de la couleur de nombreuses maisons et bâtiments.

Echappés de cet enfer, nous atteignons tous les quatre la petite bourgade de Pushkar, fatigués, mais vivants. Le chauffeur du bus, un vrai casse-cou, se croyait sans doute dans un rallye-raid. ‘Les autres n'ont qu'à se pousser !’. Je me souviens particulièrement face à face successifs où notre Senna indien, commence à doubler (sans visibilité), se rabat sur sa file (le camion en face est plus gros que nous, donc prioritaire), et fini sa course folle en écrasant le frein, le pare brise est à 10 cm de l’oreille du chameau qui trottinait à contre sens de l’intense circulation, le chamelier a eu le bon réflexe : il a tiré sur un renne juste avant l’impact et son chameau à la joue contre le pare brise au lieu d’avoir la tête incrustée dedans. Ganesh et Krishna nous protègent : on peut repartir à fond de ballon.

Je tire un enseignement de ce trajet : si on peut, il vaut mieux éviter les places de devant.

Nous restons 5 jours à Pushkar. La ville est renommée dans tout le Rajasthan, et même plus loin, pour sa foire annuelle aux chameaux. Mais là, nous apprécions l’atmosphère tranquille et décontractée de la ville bâtie autour d'un lac sacré. Toutes les maisons sont blanchies à la chaux, ca fait "propre". Il est bien agréable de rêvasser sur un toit terrasse, surplombant les pèlerins qui font leurs ablutions ou leur lessive.

L’étape suivante, c'est Bikaner au nord du Rajasthan. On prend un bus de nuit et nous avons les places du fond. Comme la route est chaotique et qu’il n’y a pas d’amortisseurs, il faut se cramponner au risque de taper la tête au plafond et de retomber durement sur son siège, difficile de dormir dans ces conditions, surtout que la fenêtre à côté de moi a été remplacée par une plaque en fer qui vibre tant qu’elle peut.

Je tire un enseignement de ce trajet : si on peut, il vaut mieux éviter les places de derrière.

De Bikaner, je retiens l’odeur pestilentielle d’un infâme ‘lac’ en plein centre ville, face au palais. C'est notre point de départ pour une excursion vers Deshnok qui possède un temple assez singulier puisque l'on y vénère les rats. Il y en a des milliers qui courent partout. Comme dans tous les temples, on marche pieds nus et ces petites bêtes en profitent pour nous renifler gentiment les orteils !
Dubitatifs, on quitte cet endroit ni beau ni laid qui échappe à notre compréhension.

Aux portes du désert du Thar et en plein cœur du Rajasthan, nous arrivons à Jaisalmer, ville fortifiée de couleur ocre. Les hommes sont très élégants, ils arborent fièrement moustache et turban. Les femmes  portent tout leur or sur elles, colliers, bracelets, et même une chaînette reliant une narine à une boucle d'oreille. L’endroit est magnifique et assez touristique. Les maisons de la vielle ville sont en pierres sculptées comme de la dentelle mais quand on marche dans les rues c’est l’endroit où on pose les pieds qui est important. Il paraît que ça porte bonheur quand on met le pied gauche dedans.
La visite du coin ne serait pas complète sans aller faire un tour à dos de chameau et bivouaquer à la belle étoile dans le désert. C'est la première fois que je monte une de ces bêtes à bosse... Pas vraiment confortable, ni reposant d'ailleurs.

Je tire un enseignement de ce trajet : si on peut, il vaut mieux éviter les chameaux.

Dans la foulée, nous allons à Jodhpur "la ville bleue". Malgré ses 800 000 habitants, la ville reste charmante et agréable. La vielle ville aux murs bleus est surplombée par une forteresse massive. Le palais / musée qui s'y trouve est tout simplement magnifique.

 

 

Bombay & Goa...

Faisant route au sud, nous faisons halte à Ranakpur où se dresse un des plus fameux temples jaïns de l'Inde. On tombe en admiration devant les 1440 colonnes de marbre sculpté qui soutiennent les nombreuses coupoles.

Udaipur surnommée la Venise de l'orient nous accueille durant 4 jours. De très nombreuses maisons sont décorées de peintures murales, c'est très joli. Les restaurants de la ville se croient tous obligés de passer le film 'Octopussy', un James Bond tourné ici. On l’a vu, comme tout le monde, et c’est pas le meilleur de la série. Pour Noël, on s’offre un dîner dans un des deux palaces de la ville, bon repas et service impeccable. On a aussi déniché une pâtisserie (qualifiée d’allemande) ou on passera de nombreuses heures à se gaver de gâteaux : apple crumble, croissants, pains au chocolat.

16 heures de bus plus loin, après avoir traversé de monstrueux bidonvilles, nous arrivons au centre de Bombay, métropole de 15 millions d'habitants. Le nom officiel de la ville est maintenant Mumbay, mais il semble avoir des difficultés à s’imposer. Certains quartiers vous transportent à Londres ou à New York tandis que d'autres vous rappellent bruyamment que vous êtes en Inde. Je profite de cet arrêt pour m’occuper de réserver des dates pour mes billets d’avion vers Singapour et la Nouvelle Zélande.

Encore une épreuve routière pour arriver sur les plages touristiques de Baga, dans l’état de Goa. Nous allons voir Anou, une bretonne installée ici qu’un de mes compagnon de route connaît. Tous les hôtels du coin étant complets en cette veille de millénaire, nous dormirons quelques jours à la belle étoile dans son jardin. Un drap suffit à nous protéger de la fraîcheur nocturne mais pas des moustiques.

Le père de la nation indienne

L’an 2000, c’est pas tous les jours ! Quand j’étais petit, cela me semblais si loin et voilà que maintenant j’y suis ! Grosse bringue pour le réveillon. J’ai même une petite pensée pour mes collègues informaticiens qui doivent trimer pour éviter le fameux bug, mais tout ça me parait loin. Apres avoir récupéré de la fête, nous partons pour Arambol, petit village côtier décontracté peuplé de hippies rescapés des années 70/80. Le scooter est un moyen fort agréable pour se déplacer car le trafic est faible et le climat idéal.
Tout va bien, tout est calme et cela me permet de recharger les batteries et reprendre un peu du poids que j’ai laissé au Népal et dans le nord de l’Inde. Si ça continue, je vais enlever les épingles de nourrice qui rétrécissent mon pantalon de deux tailles ! J’apprécie particulièrement les yaourts maison à la fraise des ‘two sisters’ à Baga et les bons petits plats d’un resto italien à Arambol, c’est bon de retrouver ses repaires de temps en temps .
Un lieu nous a énormément amusé. On y est tous allé et retourné plusieurs fois, pour le fun. L’histoire commence dans un petit resto d’Arambol : tout commence par un appel de la nature, Jean Phi prend un rouleau dans son sac et demande où se trouve l’endroit idoine. Le serveur lui donne une clef et lui montre une cabane derrière les cuisines. Jean Phi revient tout excité :
- « Vous ne devinerez jamais ce qui vient de m’arriver » et il raconte son aventure sans omettre le moindre détail. Tout d’abord, le lieu : Une cabane en dur sous les cocotiers, un gros bidon rempli d’eau et un seau pour la chasse et le nettoyage (les indiens n’utilisent pas de papier, que leur main gauche). Le tuyau d’évacuation donne directement dehors, à même le sol. Voilà donc Jean Phi, accroupi au dessus du trou, tout à son affaire. C’est alors qu’il entend de drôles de bruits sous ses pieds.
- « J’ai cru qu’un serpent remontait le tuyau ! Je me suis relevé, prêt à m’enfuir », il continue à raconter, tout en ménageant le suspens
- « le tuyau était sombre, et puis j’ai entendu des bruits d’aspiration, des grognements, des reniflements, et finalement, des cris reconnaissables entre tous ».
- « Les gorets se battent à la sortie des WC pour essayer d’en récupérer le maximum ! ». On rigole maintenant à gorge déployée, enchantés par son histoire et ses mimiques. Il ajoute quelques détails croustillants, comme le groin qu’il voit par le trou qui essaye d’aspirer le colombin hors de portée jusqu’au moment de la curée quand il verse son seau d’eau. On voit tout le temps les vaches s’occuper du recyclage des cartons et des sacs plastiques, mais là, c’est beaucoup plus amusant, même si on a moins envie de bacon après ça.

Après ces 10 jours de plage et de bains dans la mer d'Oman, je vais me séparer mes trois compagnons de route (Philippe et Raphaël deux rentrent en France bientôt, et Jean Phi reste encore 2 mois en Inde mais s’attarde encore un peu à Goa).

 

Inde du sud...

Je reprends la route du sud, direction Mysore dans le Karnataka. Longue route avec 3 changements de bus. Cette agréable ville possède entre autre un joli palais, kitsch à souhaits, orné de superbes vitraux 1900. En compagnie d'un anglais et d'un hollandais, je rencontre un saddhu dans sa minuscule grotte aménagée en temple. Il nous prépare un thé en fumant son joint, le tout sur une musique répétitive "Hare Krishna, Hare, Hare...". J'imagine la même scène en France : un brave curé, après l'office, offrant un café à trois chinois de passage avec des cantiques en fond sonore ;-)

Mysore possède aussi un superbe marché avec des fruits, des légumes et des fleurs. Mon appareil photo crépite. Je rencontre aussi quelques étudiants en art plastique du ‘fine art school’ lors d’une expo. Nous confrontons nos cultures et points de vues très différents sur la peinture et la sculpture.

Un saut de puce de 300 km vers le sud, et j'arrive à Fort Cochin, cité du Kérala bâtie sur un chapelet d’îles. Il y règne une étouffante chaleur humide. L’après-midi, la seule chose à faire : c’est de s’allonger sous un ventilateur.  Il y a deux choses à voir à Fort Cochin, la pèche au carrelet et les beaux spectacles traditionnels Kathakali qui intègrent des éléments de danse, yoga, mime et percussions. Très sympa.
Je prends ensuite un bateau croisière pour Quillon rempli à 90% d’étrangers. 80 km de croisière au milieu des "backwaters", une succession de canaux et de lacs bordés de cocotiers, de rizières et de villages ou le temps parait s’être arrêté. Parfois, une simple digue nous sépare de la mer, parfois on s’avance un peu plus dans les terres. En milieu de parcours, on stoppe devant un horrible bâtiment défigurant complètement le paysage. Il s’agit d’un ashram tenu par la seule femme gourou d’Inde. Certains descendent du bateau pour y passer la nuit, d’autres remontent après un jour ou deux passés sur place. Si quelques uns sont sous le charme, d’autres crient à la supercherie…De mon côté, il faudrait me payer cher pour passer une nuit ici. La croisière reprend, paisiblement. Tout ce passe bien à part une bande d'européens imbéciles qui se croient au zoo, lançant des poignées de stylo aux enfants (dans l'eau, c'est encore plus rigolo, ils plongent tout habillé pour les récupérer). C'est les touristes que je veux jeter a l'eau... Enfin, la croisière continue, on  longe maintenant une série de carrelets, croise quelques jonques chinoises et la fin du jour s’approche en même temps que notre destination Quillon. Incontestablement, cela restera un de mes plus beaux souvenirs de l'Inde. Quiétude et paysages superbes.

billet de train pour Madurai junctionJe passe la nuit en train couchette réveillé tous les quart d’heure par un vendeur de thé qui passe dans les couloirs en hurlant « chai ! chai ! chaaaiii ! » et immédiatement suivi par son concurrent « AAAhhh,  café ! café ! cafééé ! ». Au petit matin, j’arrive dans la fureur des Klaxons de Madurai, la ville-temple du sud. Un indien avec qui je discute me pose les questions cent fois posées et cent fois répondues « where are you from ? what is your name ? first time in India ? ». Je lui répond et il me questionne à nouveau en me demandant « si je savais parler français » (sic).

Les temples sont de style « dravidien ». Les toits des temples sont ornés d’une multitude de sculptures multicolores multibras. La ville est aussi réputée pour ses textiles et j'en profite pour faire quelques emplettes et me faire couper des copies de chemises. J’achète aussi un tapis en laine provenant du Cachemire et j’envoie mon deuxième colis pour la France. Il contient mes derniers achats et divers ustensiles que je trimballe pour rien dans mon sac. Je vais pouvoir continuer à voyager léger.

L’envoi d’un colis, c’est toute une aventure. Tout d’abord, il faut le préparer, trouver un carton. Ensuite, il faut acheter quelques mètres de tissu et aller chez un tailleur pour qu’il couse le tissus autour du colis. Ce n’est pas fini, il faut maintenant  cacheter le colis à la cire chaude en appliquant un sceau sur toutes les coutures, remplir un formulaire pour les douanes (faire attention à ne pas déclarer plus de 1000 roupies) et finalement aller à la poste pour essayer d’envoyer son paquet… et espérer que ça arrive ! ! ! Il faut presque se battre dans la queue et se mettre en colère pour empêcher de se faire passer devant par tout le monde, mais maintenant, j’ai l’habitude, c’est la même chose pour un billet de train ou payer à l’épicerie.

A titre d’info, et pour rassurer les anxieux, j’ai bien récupéré mon colis. Il a mis 5 mois et demi.

Après deux jours passés à chercher le bon bus de la bonne gare routière, je retourne dans le Kérala, pour une petite escapade de 2 jours à Munnar, dans les montagnes et au milieu des plantations de thé. Les paysages sont superbes et vraiment très différents de tout ce que j'ai vu jusqu’à présent. L'altitude fait chuter le thermomètre, j’en profite pour ressortir la polaire et j’attrape un rhume ! Je partage ma chambre avec John, un informaticien Australien qui part travailler en Ecosse : il prend un peu les chemins de traverse pour y aller. On assiste dès notre arrivée à une fête religieuse Tamoul, avec de la musique, des chants et des danses. Le plus étrange, c’est un défilé de chars avec des fidèles en transe suspendus par des gros hameçons enfoncés dans la peau du cou, du dos et des jambes. C’est ici que mon appareil photo tombe en rade. Ce n’est que la pile, mais le temps d’en trouver une de rechange, le défilé est terminé. Le soir, on va au cinéma avec quelques indiens. Le film américain est un mauvais remake des dents de la mer. Il n’y a pas une femme dans la salle, « elles seraient considérées comme des femmes de mauvaise vie » nous explique notre voisin. Les seuls films qu’elles sont « autorisées » à voir sont les films indiens (complètement niais), genre comédie musicale sur fond d’histoires d’amours contrariées.

Après un trajet épuisant de 17h en bus, je m’écroule à Pondichéry, ancien comptoir français. Il ne subsiste que quelques traces de cette présence : le nom des rues et les képis des policiers. Plus intéressant, il y a aussi du pain, des croissants et toutes sortes de gâteaux : cela permet de varier un peu. Je supporte de moins en moins les repas pimentés à la mode locale. Pleurer et se moucher quand on avale son petit déjeuner, son déjeuner et son repas de midi, c’est fatigant à la longue et ca brûle les boyaux sur tout le trajet. Après quelques jours passés à me baigner dans le golfe du Bengale et sillonner la ville à pieds et à bicyclette, je pars en train pour Tirupati, 150 km à l'ouest de Madras.


Le centre...

Ahhh, Tirupati. Il y a beaucoup de choses à dire sur cet endroit, mais pas grand chose à y faire. On se trouve ici dans le plus important lieu de pèlerinage du monde par le nombre de pèlerins. Une autre particularité, c'est que beaucoup - hommes, femmes, enfants - se font raser la tète: cela permet de voir ses vœux réalisés. Moi, j'ai gardé mes cheveux et je n'ai vu ni l’intérieur du temple (5 heures de queue), ni l'ombre d'un autre touriste... Pour moi c’est juste un temple de plus, rien de spécial à part la foule, mais la foule en Inde n’est pas vraiment quelque chose de rare. Le seul étranger que je rencontre est un belge tout de rose vêtu. Pendant près de deux heures (impossible de s’en défaire), totalement illuminé et enthousiaste, il m’explique qu’il vénère Krishna et m’encourage à en faire autant. Je vais y réfléchir.

Toujours cap au Nord, j'arrive en train à Hyderabad, grande cite bruyante et polluée de 5 millions d'habitants. Mon guide Lonely Planet indique que toute la région est injustement évitée par les touristes. Il y a pas mal de choses a voir ici : quelques musées, de nombreuses mosquées et une forteresse qui est, toujours selon mon guide, le joyau de la province. En réalité, c’est une ruine transformée en décharge et toilettes publiques, les trois murs restaurés sont couverts de graffitis. Il y a aussi un bazar spécialisé dans les perles et la verroterie où se pressent les musulmanes voilées de noir (elles doivent avoir chaud). Le vrai sport ici, c’est de traverser les larges avenues, car le trafic est intense et le respect du piéton totalement inexistant, tout comme les feux et les passages cloutés. Cela me rappelle un vieux jeu vidéo où il fallait faire traverser une route à une grenouille. La différence ici c’est que la grenouille, c’est moi et que je n’ai qu’une vie au lieu de trois ! (à moins bien sur que l’on soit réincarnés).

Je me souviendrai longtemps du 31 janvier, une journée peu ordinaire. Un producteur de cinéma me propose de faire de la figuration dans un film indien dont l’action est sensée se dérouler en Australie. Est ce que j’ai l’air Australien ? Au passage, je recrute deux Hollandaises : Femke et Janus. Elles sont dans mon hôtel que moi. Après quelques péripéties, le programme change, ce n’est plus un film, mais un show à animer, et ils n’ont besoin que des filles. Je peux quand même aller à la "film city" située à 40km d'Hyderabad. Grandes allées, fontaines, jardins paysagers... c'est superbe. En soirée, dans un château fort en rondins de plâtre véritable, on assiste à un show de présentation à tous les commerciaux du pays de la nouvelle stratégie de Kissan, compagnie d'agro-alimentaire. Les gros moyens sont déployés, une ex Miss Univers anime la soirée au milieu des effets laser et des chorégraphies (un peu cul cul) présentant les nouveaux produits de la marque. A la fin, je sais tout sur le marché des jus de fruits, de la confiture, du ketchup et de la purée de tomate ! La soirée se termine par le concert d'une vedette locale. Mes deux copines Hollandaises, habillées de robes jaune et vert distribuent des cadeaux à tous les invités. J’en récupère aussi un. Je ne suis pas venu pour rien : il y a une superbe médaille dorée et un agenda électronique aux couleurs de la marque.

Une dernière nuit en train et je rejoins Bombay.

Le fait marquant de mes derniers jours en Inde, c’est le vol de tous mes chèques de voyage que je trimballais bêtement dans mon petit sac à dos. La publicité dit que c’est le moyen le plus sûr de transporter de l’argent et que l’on est remboursés en quelques jours… C’est peut être vrai pour 20$US mais dans mon cas, il m’aura fallu plus de 30 coups de fil, sans compter les fax. Le remboursement a mis plus d’un mois. Leurs bureaux sont ouverts 24/24 pour les plaintes, mais le bureau enquête seulement dans la journée. Très pratique quand on est en Nouvelle Zélande avec 12 heures de décalage ! Les interprètes du groupe ne sont jamais disponibles, j’ai jeté l’éponge et tout fait directement en anglais, heureusement que je parle correctement la langue et que j’ai aussi une carte de crédit.

Voilà, après 7000 km à travers cet immense pays, je suis prêt à m'envoler vers de nouvelles aventures. Je prends l'avion pour Singapour le 7 février, puis Auckland deux jours après. Dans un peu plus d'une semaine, je vais attendre Gilles à l’aéroport d’Auckland. C’est un copain de Marseille qui me rejoint pour visiter la Nouvelle Zélande.
L’Inde reste pour moi un fascinant mystère. C’est incontestablement la destination la plus dépaysante de mon tour du monde. J’ai adoré voyager ici mais je ne comprend pas pourquoi, tellement j’ai détesté de choses et de gens… C’est un immense pays qui laisse tout sauf indifférent. On y trouve tout et son contraire en même temps : le beau, le laid, le riche, le misérable, le bruit, le silence, la violence et la sérénité.


Om Krishna Xavier
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Singapour...

J’atterris à Singapour. Première opération : trouver une chambre et retirer un peu d’argent. Par chance, je tombe sur Sandy qui a des chambres à louer pour un prix très raisonnable ( 10 € ) et les distributeurs automatiques de billets ne manquent pas.
Que dire sur Singapour ? Les pelouses sont belles, les rues sont propres (mais tout paraît propre après l’Inde). Cette première journée me laisse l’impression d’une grande cité sans âme où on brasse le pognon. Pour mon deuxième et dernier jour ici, pas d’affolement. Grasse matinée, métro et bus pour l’aéroport. J’y arrive à 11 H du mat et mon avion décolle dans 10 H. J’ai tout mon temps pour profiter des infrastructures de l’aéroport qui est considéré comme un des plus beaux du monde avec piscine, salons, cybercafés, musées et magasins. Pas de quoi s’ennuyer. J’achète le guide Lonely Planet sur la Nouvelle Zélande, ça me fait un peu de lecture.

See you
Han Xavier

 


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